Quand on parle de succession d’entreprise, la conversation dérive vite vers le notaire, les impôts et le testament. Ces sujets comptent. Mais ils arrivent après une question plus brutale, que posent de la même façon un enfant repreneur, un cadre, un acheteur ou un banquier : cette entreprise tient-elle debout sans son fondateur ?
Le sujet n’a rien de marginal. Selon l’étude publiée par Dun & Bradstreet en mars 2025, 90 667 PME suisses, soit 13,7 % des entreprises de moins de 250 collaborateurs, devront régler leur succession dans les années à venir. Et le législateur ne simplifiera pas les choses : le projet de révision du Code civil destiné à faciliter la transmission d’entreprises par héritage a été définitivement enterré par le Conseil des États en mars 2024. La transmission se prépare donc, dans l’entreprise, par son dirigeant.
Ce guide se place du côté du dirigeant et de l’entreprise : ce qu’il faut faire, idéalement trois ans avant, pour qu’une transmission familiale, une reprise par les cadres ou une cession se passe bien. Il signale aussi les questions à confier au notaire, à l’avocat et au fiscaliste, sans jouer leur rôle.
Une entreprise se transmet d’autant mieux qu’elle dépend peu de la personne qui la quitte. Dans beaucoup de PME, le fondateur concentre encore les relations avec les clients clés, la banque et les fournisseurs, les décisions de prix, les signatures et une bonne partie du savoir-faire. C’est précisément ce qu’un repreneur ne peut pas racheter.
Le test :
Imaginez quatre semaines d’absence totale du fondateur, sans téléphone. Listez ce qui s’arrête, ce qui ralentit et ce qui continue. La liste de ce qui s’arrête est votre plan de travail pour les trois prochaines années.
Il existe trois grandes voies, qui n’ont ni les mêmes délais, ni le même prix, ni les mêmes risques :
Le choix dépend de la volonté réelle des successeurs possibles, de leurs compétences, du degré de dépendance au fondateur et de ses besoins financiers pour la retraite. Garder les trois voies ouvertes le plus longtemps possible a une vraie valeur : une entreprise transmissible à un tiers est aussi mieux armée pour une transmission familiale.
Le test :
Posez la question directement à chaque enfant, séparément : « Voulez-vous diriger cette entreprise, ou seulement en hériter ? » Si la réponse n’est pas un oui clair, la transmission familiale de la direction n’est pas une option, même si la transmission familiale du capital peut le rester.
L’erreur classique consiste à tout transmettre en bloc à la même personne : les actions, la direction générale et la présidence du conseil d’administration. Ces trois rôles peuvent être dissociés, et c’est souvent ce qui sauve une succession.
Reste le rôle du cédant : administrateur ou conseiller quelques années, cela rassure clients et banques ; présent « dans les couloirs » sans fonction claire, cela paralyse le successeur.
À retenir :
Une succession se prépare sur plusieurs années. Plus elle commence tôt, plus il reste d’options : former un successeur, réduire la dépendance au fondateur, structurer la gouvernance, étaler la transmission.
Beaucoup de PME suisses tiennent des comptes conformes au Code des obligations, établis surtout pour l’impôt. C’est légal, mais ce n’est pas ce qu’un repreneur ou une banque veut lire. Trois chantiers font la différence :
Le test :
Un banquier qui ne vous connaît pas doit pouvoir comprendre en une heure la rentabilité normalisée de l’entreprise, son besoin en fonds de roulement et ses investissements à venir. Si ce n’est pas le cas, les chiffres ne sont pas encore prêts pour une transmission.
Une transmission fait cohabiter plusieurs valeurs qui ne répondent pas à la même question (voir notre guide pour valoriser une PME suisse) :
À retenir :
La meilleure protection contre les conflits est une valorisation documentée, faite par un tiers, expliquée à tous ceux qui ont un intérêt dans la transmission, avant que le prix ne devienne un sujet émotionnel.
Pour situer la valeur de marché avant d’ouvrir ces discussions, notre outil gratuit d’estimation donne une fourchette indicative à partir de l’EBITDA retraité et de la dette nette. Il ne remplace ni la valeur fiscale selon la circulaire n° 28 ni une valorisation documentée.
Un enfant ou un cadre dispose rarement du prix d’achat. Le financement combine généralement plusieurs briques :
Exemple illustratif :
Une PME dégage un cash-flow libre de CHF 600 000 par an. Deux cadres la rachètent CHF 4 millions via une holding, avec CHF 400 000 de fonds propres, CHF 2,6 millions de dette bancaire et CHF 1 million de crédit vendeur. Si la banque exige un remboursement sur cinq ans, l’entreprise doit remonter l’essentiel de son cash-flow chaque année, intérêts compris : il ne reste presque rien pour investir ou absorber une mauvaise année. Allonger le crédit vendeur, prévoir une partie du prix liée aux résultats futurs ou revoir le prix rend le plan tenable.
Le test :
Simulez le remboursement de la dette d’acquisition dans un scénario prudent. Si l’entreprise ne peut plus investir pendant plusieurs années, le prix ou la structure doivent être revus avant la signature, pas après.
La signature ne transmet que les actions. Le savoir, les relations et l’autorité se transmettent autrement :
Quand la direction est sous-dimensionnée pendant cette phase, un renfort exécutif temporaire peut tenir la barre pendant que le successeur prend ses marques.
Une partie de la transmission ne se règle pas dans l’entreprise mais chez les spécialistes. Le rôle du dirigeant, ou de celui qui l’accompagne, est d’arriver chez eux avec les bonnes questions et de coordonner leurs réponses avec le plan financier. Les sujets à mettre sur la table :
Ces questions influencent directement le prix, le calendrier et la structure de financement. Elles doivent donc être posées tôt, et leurs réponses intégrées au plan, plutôt que découvertes chez le notaire la semaine de la signature.
Plusieurs années dans la plupart des cas. Réduire la dépendance au fondateur, former un successeur, fiabiliser les chiffres et mettre en place la gouvernance ne se fait pas en quelques mois. Trois ans est un horizon raisonnable pour garder toutes les options ouvertes.
Souvent les trois, pour des sujets différents. Le notaire et l’avocat traitent le droit successoral et le régime matrimonial, le fiscaliste la fiscalité de la transmission, et le CFO ou CEO externe la préparation de l’entreprise, la valorisation, le financement de la reprise et la transition. L’important est que quelqu’un coordonne l’ensemble.
Parce qu’ils sont souvent établis pour l’impôt. Le droit comptable suisse admet des réserves latentes qui lissent ou réduisent les bénéfices affichés. Un repreneur et sa banque veulent voir la rentabilité réelle, retraitée, ainsi que la trésorerie et les investissements à venir.
Elle peut l’être pour le vendeur. Selon la façon dont la holding rembourse sa dette, le gain en capital normalement exonéré peut être requalifié en revenu imposable (liquidation partielle indirecte). C’est un point à faire analyser par un fiscaliste avant de signer, et à intégrer dans la structure de financement.
Une valorisation démarre à CHF 4 500 hors TVA, et le pack business plan + valorisation, utile lorsque le repreneur doit financer la reprise, à CHF 10 500 hors TVA. Le board advisory coûte CHF 5 000 par mois et le CFO/COO à temps partiel CHF 1 800 par jour.
Une transmission réussie se joue moins chez le notaire que dans l’entreprise, des années avant : un fondateur qui se rend progressivement moins indispensable, des chiffres qui se lisent sans lui, une gouvernance qui fonctionne, une valeur documentée et un financement qui laisse respirer l’entreprise. Le juridique et le fiscal viennent ensuite sécuriser ce qui a été préparé.
C-Exec accompagne les dirigeants qui préparent une transmission avec une valorisation (dès CHF 4 500 hors TVA), le pack business plan + valorisation pour le financement de la reprise (dès CHF 10 500 hors TVA), du board advisory pour structurer la gouvernance de transition (CHF 5 000 par mois), un CFO/COO à temps partiel pour fiabiliser les chiffres et le pilotage (CHF 1 800 par jour) et, si nécessaire, une direction intérimaire (CHF 18 000 à 25 000 par mois) le temps que le successeur prenne le relais.
Sources : Dun & Bradstreet, étude « Nachfolge KMU Schweiz 2025 » (mars 2025) ; Parlement suisse, communiqué du 12 mars 2024 sur le refus d’entrer en matière du Conseil des États ; Code des obligations, art. 716a et 960a ; Conférence suisse des impôts, circulaire n° 28 ; AFC, brochure « Impôts sur les successions et les donations », période fiscale 2025 ; SECO, cautionnement des PME. Chiffres vérifiés en octobre 2026.
Pour aller plus loin : Valoriser une PME suisse en 2026 : méthodes, retraitements et pièges.