Demandez à trois personnes ce que vaut une PME et vous obtiendrez trois chiffres : celui du fondateur, qui pense à vingt ans de travail ; celui de l’acheteur, qui pense à son retour sur investissement ; celui de l’administration fiscale, qui applique une formule. Aucun n’est faux. Ils ne répondent simplement pas à la même question.
Une valorisation n’est pas un chiffre que l’on découvre, c’est un raisonnement que l’on construit et que l’on doit pouvoir défendre. Cession, entrée d’un investisseur, succession, rachat entre associés : dans chaque cas, le lecteur demandera quelle méthode, quelles hypothèses, quels retraitements, et pourquoi ce chiffre.
Ce guide passe en revue les méthodes réellement utilisées, leurs limites, et les spécificités suisses qui font perdre de la valeur au moment de négocier.
Le test :
Si vous ne pouvez pas dire en une phrase à qui s’adresse la valorisation et à quelle décision elle sert, ne commencez pas les calculs.
Toutes les méthodes reposent sur une capacité bénéficiaire. Or les comptes statutaires d’une PME suisse sont souvent construits pour optimiser la fiscalité. La première étape consiste donc à passer d’un EBITDA comptable à un EBITDA normalisé, c’est-à-dire récurrent et transférable à un nouvel actionnaire.
Code des obligations, Swiss GAAP RPC ou IFRS : le même EBITDA n’a pas le même contenu d’un référentiel à l’autre, et un multiple n’a de sens que si l’EBITDA et le comparable sont mesurés de la même façon.
À retenir :
Chaque retraitement doit être documenté et justifiable pièce à l’appui. Un acheteur acceptera un EBITDA normalisé ; il n’acceptera pas un EBITDA « ajusté » où chaque ligne va dans le sens du vendeur.
C’est la méthode la plus utilisée en pratique : valeur d’entreprise = EBITDA (ou EBIT) normalisé × multiple.
Les multiples de sociétés cotées ne s’appliquent pas tels quels à une PME : liquidité, taille, dépendance au fondateur, concentration clients et accès au financement justifient une décote, souvent importante. Un multiple ne vaut que par la comparabilité des sociétés dont il est tiré.
L’EBITDA ignore les investissements. Pour une entreprise industrielle qui doit renouveler ses machines régulièrement, un multiple d’EBIT, ou une vérification par le cash-flow disponible, est plus juste.
Multiplier le meilleur exercice ou un budget optimiste revient à payer deux fois la même performance.
Le test :
Faites l’exercice inverse : à ce prix, en combien d’années l’acheteur récupère-t-il sa mise avec le cash-flow disponible après impôts et investissements ? Si la réponse paraît déraisonnable pour une entreprise de cette taille et de ce risque, le multiple est probablement trop élevé.
La méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF) valorise l’entreprise comme la somme de ses cash-flows futurs disponibles, actualisés à un coût du capital (WACC) qui reflète le risque. Elle oblige à expliciter la stratégie et les investissements, mais quelques paramètres suffisent à faire varier fortement le résultat.
Chiffre clé :
La Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à 0 % lors de son examen du 24 septembre 2026, et le rendement de l’obligation de la Confédération à 10 ans évoluait autour de 0,6 % à cette date.
Exemple illustratif :
Une PME de services génère un cash-flow disponible normalisé de CHF 1 million. Avec un taux d’actualisation de 12 % et une croissance à l’infini de 1 %, la valeur d’entreprise ressort autour de CHF 9,2 millions. Avec 10 % et 2 %, elle dépasse CHF 12,7 millions. Mêmes flux, près de 40 % d’écart : un DCF se présente toujours avec une table de sensibilité.
Cette méthode applique les multiples observés lors de rachats d’entreprises similaires. Elle a l’avantage de refléter des prix effectivement payés, y compris la prime de contrôle. Sa limite en Suisse est pratique : la plupart des transactions de PME ne publient ni le prix ni les comptes.
Chiffre clé :
Selon l’étude annuelle de Deloitte sur les fusions et acquisitions de PME suisses, publiée en février 2026, 208 transactions ont été recensées en 2025, en hausse de 16 % sur un an, dont 104 réalisées par des acheteurs étrangers, un record depuis le début de l’étude en 2013.
En pratique, on utilise les transactions comparables pour situer la fourchette, rarement pour la fixer seule.
La valeur « fiscale » des actions est établie selon la circulaire n° 28 de la Conférence suisse des impôts, qui sert à évaluer les titres non cotés pour l’impôt sur la fortune. Pour les sociétés commerciales, elle applique la méthode des praticiens : une moyenne pondérée qui compte deux fois la valeur de rendement (bénéfices des derniers exercices capitalisés) et une fois la valeur substantielle (fonds propres et réserves latentes).
Chiffre clé :
Le taux de capitalisation publié par l’Administration fédérale des contributions pour l’année d’évaluation 2025 est de 10,00 %, contre 8,75 % pour 2024. Toutes choses égales par ailleurs, cette hausse réduit la valeur de rendement et donc la valeur fiscale des actions.
C’est souvent un point de départ dans les successions familiales et les rachats entre associés. Mais elle ne tient compte ni des perspectives de croissance, ni des synergies, ni de la concurrence entre acheteurs.
Le test :
Si la valeur de marché que vous défendez est très éloignée de la valeur fiscale, sachez expliquer pourquoi : croissance, rentabilité récente, actifs hors exploitation, réserves latentes.
La négociation se joue souvent moins sur le multiple que sur ce passage.
Le test :
Si la cible détient plus de trésorerie qu’il n’en faut pour l’exploitation et que l’acheteur est une holding financée par de la dette, la question de la liquidation partielle indirecte doit être posée avant la lettre d’intention, avec un conseiller fiscal, et non au moment de rédiger le contrat.
À retenir :
Deux offres au même multiple peuvent donner des prix très différents selon la définition de la dette nette et du fonds de roulement normatif. Lisez la lettre d’intention comme une formule, pas comme un chiffre.
Aucune méthode ne suffit seule. En pratique, on combine une approche par les multiples, un DCF fondé sur un plan intégré et, si possible, des transactions comparables. Leurs écarts indiquent où se trouvent les vrais sujets de négociation.
Non. La valeur fiscale, calculée selon la méthode des praticiens de la circulaire n° 28 de la Conférence suisse des impôts, sert à l’impôt sur la fortune. Elle ignore les perspectives, les synergies et la concurrence entre acheteurs. Elle reste une référence utile, notamment dans les successions familiales.
Parce qu’ils n’ont ni le même coût du capital, ni les mêmes synergies, ni la même lecture des risques. Les différences viennent aussi souvent de la définition de la dette nette, du fonds de roulement normatif et des modalités de paiement, plus que du multiple affiché.
C’est la requalification en revenu imposable du gain en capital d’un vendeur privé qui cède au moins 20 % d’une société à un acheteur en fortune commerciale, lorsque la société distribue dans les cinq ans de la substance non nécessaire à l’exploitation existant au moment de la vente. Elle conduit à traiter la trésorerie excédentaire avant la vente et à protéger le vendeur par contrat.
Une valorisation démarre à CHF 4 500 hors TVA. Le pack business plan et valorisation, qui inclut la construction du modèle financier servant de base au DCF, démarre à CHF 10 500 hors TVA.
Une valorisation crédible repose moins sur la sophistication des formules que sur la qualité des fondations : des résultats normalisés et justifiés, un plan financier cohérent, plusieurs méthodes qui se recoupent et un pont clair entre la valeur de l’entreprise et le prix des actions. C’est ce qui permet de défendre un chiffre, et de savoir où l’on peut céder en négociation.
C-Exec réalise des valorisations (dès CHF 4 500 hors TVA) et propose un pack business plan + valorisation (dès CHF 10 500 hors TVA) pour les dirigeants qui préparent une cession, une succession ou une levée de fonds.
Sources : Banque nationale suisse, examen de la situation économique et monétaire du 24 septembre 2026 ; Trading Economics, rendement de l’obligation de la Confédération à 10 ans (24 septembre 2026) ; Administration fédérale des contributions, taux de capitalisation pour l’évaluation des titres non cotés (circulaire n° 28 CSI), années d’évaluation 2024 et 2025 ; Deloitte, étude sur les fusions et acquisitions de PME suisses, février 2026 ; Code des obligations, art. 960a ; LIFD, art. 16 et 20a ; AFC, circulaire n° 14 du 6 novembre 2007 sur la liquidation partielle indirecte ; Swiss GAAP RPC 13, 16 et 30. Chiffres vérifiés en octobre 2026.
Pour aller plus loin : Lever des fonds en Suisse en 2026 : le guide, Lever des fonds sans VC en Suisse et 10 signaux que votre entreprise a besoin d’un CFO.