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October 25, 2026

Prévision de trésorerie à 13 semaines : construire et piloter (guide 2026)

Le point bas de trésorerie se voit huit semaines avant. À condition de le chercher.
Affiche typographique : un grand 13 rouge, la mention “semaines d’avance” et un graphique de soldes hebdomadaires dont la semaine 8 passe sous le seuil.

Introduction

La plupart des dirigeants de PME connaissent leur chiffre d’affaires du mois dernier et le résultat de l’année précédente. Beaucoup moins savent dire, avec une marge d’erreur raisonnable, combien il y aura sur le compte bancaire dans sept semaines. C’est pourtant cette question qui décide si l’on paie les salaires sereinement, si l’on tient un covenant bancaire, si l’on accepte une grosse commande ou s’il faut appeler la banque, et quand.

La prévision de trésorerie à 13 semaines y répond. Treize semaines, c’est un trimestre : assez court pour être précis, assez long pour voir venir un creux et agir avant. Les banques et les spécialistes du redressement la demandent dès que la situation se tend ; les entreprises bien gérées l’utilisent aussi quand tout va bien.

Ce guide montre comment la construire et la faire vivre, en insistant sur ce qui est propre à la Suisse : le calendrier des charges sociales et de la TVA, le 13e salaire, l’impôt anticipé sur les dividendes et l’obligation du conseil d’administration de surveiller la solvabilité.

1. Pourquoi 13 semaines, et pourquoi pas le budget

Le budget raisonne en charges et en produits. Un mois peut être rentable et finir à découvert : les clients paient à 60 jours, la TVA du trimestre tombe, le 13e salaire est versé. La prévision à 13 semaines raisonne en encaissements et décaissements réels, semaine par semaine.

  • Le budget fixe des objectifs et mesure la performance (voir les 10 éléments d’un business plan crédible).
  • Le tableau des flux de trésorerie annuel, obligatoire pour les entreprises soumises au contrôle ordinaire (art. 961 et 961b CO), explique a posteriori d’où vient l’argent. Il arrive trop tard pour piloter.
  • La prévision à 13 semaines anticipe le solde bancaire de chaque fin de semaine et le point bas de la période.

Elle se construit en méthode directe : à partir des factures, des contrats et des échéanciers, pas du compte de résultat. C’est ce qui la rend précise à court terme ; au-delà de quelques mois, une prévision mensuelle dérivée du budget prend le relais.

Le test :

Demandez le solde bancaire prévu dans six semaines et la date du point bas du trimestre. Si personne ne peut répondre en moins d’une heure, explication à l’appui, l’entreprise n’a pas de prévision de trésorerie, quelle que soit la qualité de son budget.

2. L’architecture de l’outil

Un tableur suffit, à condition d’être structuré :

  • Une colonne par semaine sur 13 semaines glissantes, plus une colonne « réel » pour la semaine écoulée.
  • Un solde d’ouverture rapproché avec les relevés bancaires, compte par compte, y compris en devises.
  • Les encaissements : clients existants, ventes nouvelles, autres entrées (remboursement de TVA, tirage de crédit, apport).
  • Les décaissements d’exploitation : salaires, charges sociales, fournisseurs, loyers, TVA, impôts.
  • Les flux hors exploitation : investissements, service de la dette, leasing, dividendes et impôt anticipé.
  • Le solde de clôture, la limite de crédit disponible et la liquidité disponible, comparés à un seuil minimal fixé à l’avance.

Quinze à vingt-cinq lignes suffisent dans la plupart des PME. Le détail vit dans les onglets de calcul (balance âgée, échéancier fournisseurs, plan des salaires), pas dans la synthèse que lit le conseil.

À retenir :

Le chiffre qui compte n’est pas le solde de la semaine 13, mais le point bas des 13 semaines et la marge qui le sépare de votre seuil minimal.

3. Les encaissements : partir des factures, pas du chiffre d’affaires

C’est la partie la plus difficile à prévoir, et la plus souvent surestimée.

Créances existantes et ventes futures

Partez de la balance âgée des débiteurs, facture par facture pour les montants importants, et appliquez le comportement réel de paiement de chaque client significatif, pas ses conditions contractuelles : un client à 30 jours qui paie à 50 jours se prévoit à 50 jours. Les factures échues depuis longtemps vont sur une ligne séparée, avec un plan d’action, pas en semaine 1 par optimisme. Pour les ventes futures, partez du carnet de commandes et appliquez le délai observé : une vente conclue en semaine 8 auprès d’un client qui paie à 45 jours n’apporte rien sur la période.

Les leviers suisses côté encaissement

  • Facturer vite et proprement : la QR-facture et l’eBill réduisent les erreurs de référence et accélèrent le rapprochement.
  • Relancer avec méthode : le débiteur en demeure doit en principe un intérêt moratoire de 5 % l’an (art. 104 CO). Le rappeler dans les conditions générales a un effet utile.
  • Utiliser la poursuite quand il le faut : la procédure de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP), qui commence par un commandement de payer, est relativement simple à engager et incite souvent le débiteur à régler ou à proposer un plan.
  • Demander des acomptes sur les projets et les commandes spéciales.

Le test :

Comparez sur trois mois les encaissements prévus à quatre semaines et les encaissements réels. Un écart systématique dans le même sens n’est pas du hasard : c’est une hypothèse de délai de paiement à corriger.

4. Les décaissements : le calendrier suisse à intégrer

Les décaissements sont plus prévisibles, à condition de connaître le calendrier exact. C’est là que les spécificités suisses pèsent le plus, car elles concentrent des pics sur certaines semaines.

Salaires et charges sociales

  • 13e salaire : s’il est prévu au contrat, il est souvent versé en décembre, ou en deux fois. C’est près d’un mois de masse salariale en plus, à prévoir dès l’automne.
  • AVS/AI/APG et assurance-chômage : la caisse de compensation fixe des acomptes, payables chaque trimestre si la masse salariale annuelle ne dépasse pas CHF 200 000, chaque mois au-delà, au plus tard le 10e jour suivant la fin de la période. La déclaration annuelle des salaires, due au plus tard le 30 janvier, peut déboucher sur un solde à payer si les effectifs ont augmenté.
  • Prévoyance professionnelle (LPP) : versements selon le rythme fixé par le règlement de l’institution de prévoyance, au plus tard à la fin du premier mois suivant l’année civile ou d’assurance (art. 66 al. 4 LPP).
  • Assurance-accidents (LAA) et indemnités journalières maladie : primes souvent payables d’avance, avec un décompte définitif en début d’année.
  • Impôt à la source : retenu sur le salaire des collaborateurs concernés et reversé au canton selon son décompte.

TVA

Le décompte doit être remis et la TVA payée dans les 60 jours qui suivent la fin de la période de décompte (art. 71 et 86 LTVA) : en principe le trimestre en méthode effective, le semestre avec la méthode des taux de la dette fiscale nette. Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas CHF 5 005 000 peuvent demander le décompte annuel ; elles paient alors des acomptes (30 mai, 30 août et 30 novembre en méthode effective) et le solde avant fin février. Dans tous les cas, la TVA encaissée n’appartient pas à l’entreprise : ce n’est pas une réserve de trésorerie.

Impôts, dividendes et impôt anticipé

L’impôt sur le bénéfice et le capital suit le système de chaque canton : tranches ou acomptes provisoires, puis décompte final après taxation. Reprenez les échéances réelles de votre canton plutôt qu’un douzième de la charge annuelle.

Un dividende décidé par l’assemblée générale entraîne deux sorties : le montant net versé aux actionnaires et l’impôt anticipé de 35 %, à déclarer et verser à l’Administration fédérale des contributions dans les 30 jours suivant l’échéance du dividende, sauf procédure de déclaration applicable (dans certains groupes, par exemple). Ne pas le modéliser crée un trou de plus d’un tiers du montant brut.

Fournisseurs, loyers, dette et devises

Ajoutez à l’échéancier fournisseurs les engagements récurrents : loyers payables d’avance, leasings, intérêts et amortissements, primes d’assurance, licences. Repérez les paiements en euros ou en dollars : une variation du franc modifie le montant à sortir.

Exemple illustratif :

Une PME de services fictive de 25 collaborateurs prépare sa prévision fin octobre. Sur les 13 semaines suivantes, elle doit payer la TVA du troisième trimestre fin novembre, les salaires de novembre et décembre, le 13e salaire et les acomptes AVS mensuels, alors que plusieurs gros clients règlent traditionnellement en janvier. Son exercice est bénéficiaire, mais son point bas tombe mi-décembre, sous son seuil minimal. Le voir en octobre lui laisse le temps de relancer, de décaler un investissement et de demander à sa banque une hausse temporaire de limite. Le voir en décembre ne lui laisse que de mauvaises options.

5. Fixer un seuil minimal et des règles de décision

Une prévision sans seuil n’est qu’un tableau. Fixez la liquidité minimale en dessous de laquelle des mesures sont déclenchées, par exemple exprimée en semaines de décaissements fixes (salaires, charges sociales, loyers, service de la dette). Ce n’est pas une norme légale mais une décision de gestion, à valider avec le conseil d’administration, qui dépend de la saisonnalité et de la concentration des clients.

  • Vert : le point bas reste nettement au-dessus du seuil. Pilotage normal.
  • Orange : le point bas approche du seuil. Actions sur le fonds de roulement, report des dépenses discrétionnaires, information du président du conseil.
  • Rouge : le point bas passe sous le seuil ou la limite de crédit est menacée. Plan d’action formel, information du conseil et de la banque, scénarios de financement.

Le test :

Chaque palier doit avoir une liste de mesures, un responsable et un délai. Si le passage à l’orange ne déclenche rien de concret, le seuil ne sert à rien.

6. Le pilotage hebdomadaire : faire vivre l’outil

La valeur de l’outil vient de sa mise à jour, pas de sa première version. Le rituel tient en une à deux heures par semaine :

  1. Rapprocher le solde réel avec les relevés bancaires.
  2. Analyser les écarts prévu/réel, en distinguant écarts de montant et écarts de calendrier.
  3. Faire glisser la prévision : la semaine écoulée sort, une nouvelle semaine 13 entre.
  4. Mettre à jour les hypothèses qui ont bougé.
  5. Décider : le point bas a-t-il bougé, faut-il agir ?

Conservez chaque version. Comparer ce que vous prévoyiez il y a quatre semaines à ce qui s’est passé est le meilleur indicateur de fiabilité, et c’est ce qu’une banque regardera si elle doit vous suivre dans une période difficile. Ajoutez au moins un scénario dégradé qui touche les vrais moteurs (un grand client qui paie un mois plus tard, des ventes nouvelles en retrait, une dépense exceptionnelle) et identifiez pour chaque levier son délai d’effet.

À retenir :

Une prévision fiable n’est pas juste à chaque ligne. C’est une prévision dont les écarts sont expliqués, petits et non systématiques.

7. Gouvernance : ce que le droit suisse attend du conseil d’administration

Depuis le 1er janvier 2023, l’article 725 CO est explicite : « Le conseil d’administration surveille la solvabilité de la société. » Si la société risque de devenir insolvable, il prend des mesures pour garantir sa solvabilité, au besoin des mesures d’assainissement, et dépose le cas échéant une demande de sursis concordataire. Il doit agir avec célérité.

La loi n’impose pas d’outil précis. Mais il est difficile de démontrer que l’on surveille la solvabilité sans prévision de trésorerie à court terme. Une prévision à 13 semaines présentée régulièrement au conseil, avec ses écarts et ses mesures, est une manière simple et documentée de le faire. La trésorerie est aussi souvent le premier signal des situations de perte de capital ou de surendettement (art. 725a et 725b CO). Pour les Sàrl, l’article 820 CO rend ces règles applicables par analogie : les gérants sont tenus à la même discipline.

Impôts et charges sociales impayés : la faillite plutôt que la saisie. Depuis le 1er janvier 2025, la révision de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP) a supprimé le régime d’exception dont bénéficiaient les créances de droit public. Les impôts, la TVA, les cotisations AVS et les primes d’assurance-accidents obligatoire dus par une entreprise inscrite au registre du commerce se recouvrent désormais par voie de faillite, comme les créances privées : commandement de payer, commination de faillite, puis réquisition de faillite. L’office des poursuites ne peut pas accorder de plan de paiement ; c’est au créancier (administration fiscale, caisse de compensation, assureur) qu’il faut s’adresser, et le plus tôt possible. Dans la prévision à 13 semaines, une échéance fiscale ou sociale reportée n’est donc plus un financement discret : c’est un risque de continuité à traiter comme tel.

Chiffre clé :

De janvier à septembre 2026, 13 660 entreprises ont fait faillite en Suisse, soit 38 % de plus qu’un an plus tôt. Creditreform attribue cette hausse en grande partie à la révision de la LP.

Côté banque, une entreprise qui annonce un creux deux mois à l’avance, chiffres à l’appui, négocie une hausse temporaire de limite dans de bien meilleures conditions que celle qui découvre son dépassement. Si un financement complémentaire est nécessaire, les solutions suisses (banques cantonales, cautionnement, investisseurs privés) sont détaillées dans notre guide pour lever des fonds sans VC en Suisse.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Dériver la prévision du compte de résultat au lieu des factures et des échéances réelles.
  • Prévoir les encaissements selon les conditions contractuelles plutôt que selon le comportement réel des clients.
  • Oublier les pics suisses : 13e salaire, TVA trimestrielle ou semestrielle, solde AVS après la déclaration annuelle, primes LAA payables d’avance.
  • Distribuer un dividende sans prévoir l’impôt anticipé de 35 %.
  • Traiter la TVA encaissée comme une réserve de trésorerie.
  • Construire l’outil une fois, puis ne plus le mettre à jour ni comparer le prévu au réel.
  • Ne présenter la prévision au conseil d’administration que lorsque la situation est déjà critique.

Checklist pour votre prévision à 13 semaines

  1. Le solde d’ouverture est rapproché avec les relevés bancaires, compte par compte et devise par devise.
  2. Les encaissements partent de la balance âgée et du comportement réel des clients importants ; les créances douteuses sont isolées.
  3. Salaires, 13e salaire, acomptes AVS, cotisations LPP, primes LAA et impôt à la source sont à leurs dates réelles.
  4. La TVA suit votre méthode et votre période de décompte ; les impôts suivent le calendrier de votre canton.
  5. Les dividendes éventuels incluent l’impôt anticipé.
  6. La limite de crédit, le seuil minimal et le point bas daté apparaissent clairement.
  7. Les écarts prévu/réel sont analysés chaque semaine et les versions archivées.
  8. Un scénario dégradé existe, avec des leviers chiffrés et datés.
  9. Le conseil d’administration reçoit la prévision à un rythme convenu, plus souvent en zone orange ou rouge.

Questions fréquentes

Quelle différence entre une prévision à 13 semaines et un budget de trésorerie mensuel ?

Le budget de trésorerie mensuel découle du budget annuel et sert à planifier. La prévision à 13 semaines part des factures et des échéances réelles, semaine par semaine, et sert à piloter à court terme. Le mensuel donne la tendance de l’année, le 13 semaines dit si l’on passe le prochain creux.

Quelles échéances suisses oublie-t-on le plus souvent ?

Le 13e salaire, la TVA payable dans les 60 jours après la fin de la période de décompte, le solde AVS qui suit la déclaration annuelle des salaires, les primes d’assurance payables d’avance et l’impôt anticipé de 35 % sur les dividendes, à verser à l’AFC dans les 30 jours suivant leur échéance.

Le conseil d’administration doit-il suivre une prévision de trésorerie ?

Depuis le 1er janvier 2023, l’article 725 CO impose au conseil d’administration de surveiller la solvabilité de la société et d’agir avec célérité si elle est menacée. La loi ne prescrit pas d’outil, mais une prévision à court terme présentée régulièrement est la façon la plus simple de remplir et de documenter cette obligation.

Faut-il un logiciel spécialisé ?

Pas au départ. Un tableur bien structuré, alimenté par la comptabilité, la balance âgée et l’échéancier fournisseurs, suffit pour la plupart des PME. Un logiciel devient utile quand le nombre d’entités, de comptes ou de devises rend la mise à jour manuelle trop lourde.

Conclusion

La prévision de trésorerie à 13 semaines est l’un des outils financiers les plus rentables pour une PME : peu coûteuse à construire, elle donne au dirigeant et au conseil quelques semaines d’avance, et c’est souvent tout ce qui sépare une décision choisie d’une décision subie. En Suisse, sa fiabilité dépend d’un calendrier précis : charges sociales, TVA, 13e salaire, impôts cantonaux et impôt anticipé.

C-Exec met en place et pilote ce type d’outil dans le cadre de missions de CFO à temps partiel (CHF 1 800 par jour hors TVA) et, lorsque la situation l’exige, de direction intérimaire (CHF 18 000 à 25 000 par mois hors TVA, 3 à 5 jours par semaine). Le Diagnostic 360° (CHF 5 500 hors TVA) permet de faire un premier point sur la trésorerie et l’organisation financière.

Sources : Code des obligations, art. 104, 725, 725a, 725b, 820, 961 et 961b ; Loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA), art. 71 et 86 ; Administration fédérale des contributions, pages « Payer la TVA » et « Décompte annuel » ; Centre d’information AVS/AI, mémento 2.01 « Cotisations salariales à l’AVS, à l’AI et aux APG », état au 1er janvier 2026 ; Loi fédérale sur la prévoyance professionnelle (LPP), art. 66 ; Loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP), art. 39 et 43, état au 1er janvier 2025 ; Creditreform, statistique des faillites à fin septembre 2026 ; Loi fédérale sur l’impôt anticipé (LIA). Chiffres vérifiés en octobre 2026.

Pour aller plus loin : 10 signaux que votre entreprise a besoin d’un CFO, CFO fractional en Suisse : le guide 2026 et Renfort exécutif temporaire en période de transition.

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