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October 15, 2026

Comment lever des fonds en Suisse en 2026 : le guide complet

Deux parcours, deux stratégies : identifiez la vôtre
Aventurier façon Indiana Jones franchissant des obstacles vers un coffre-fort symbolisant une levée de fonds en Suisse

Introduction : lever des fonds en Suisse, ce n’est pas lever des fonds aux États-Unis

La plupart des contenus sur la levée de fonds sont écrits pour la Silicon Valley. La Suisse fonctionne autrement : un marché d’environ 9 millions d’habitants, trois régions linguistiques, des secteurs souvent matures, et un écosystème de financement où les banques cantonales, les cautionnements et les programmes publics pèsent autant que le capital-risque.

Le contexte 2026 renforce une réalité simple : l’argent existe, mais il va aux dossiers les mieux préparés.

Chiffre clé :

Près de CHF 3 milliards ont été investis dans les start-up suisses en 2025 (+24 % sur un an, 354 tours de financement), selon le Swiss Venture Capital Report publié en février 2026 par startupticker.ch et la SECA. Mais au premier semestre 2026, le montant est retombé à environ CHF 1,25 milliard (−15,5 %).

Le rebond de 2025 a surtout profité à l’ICT (logiciels, IA) et à la biotech, et le capital s’est concentré sur un nombre restreint d’entreprises. Pour la majorité des entrepreneurs, la question n’est donc pas « comment séduire un VC », mais « quel financement correspond vraiment à mon entreprise ».

Deux réalités coexistent :

  • Les start-up à ambition globale : marché mondial, forte innovation, croissance très rapide. Elles peuvent viser le capital-risque.
  • Les entreprises à marché suisse ou DACH : secteurs établis, croissance plus linéaire, rentabilité recherchée. Pour elles, le VC est rarement la bonne porte.

Ce guide présente les deux parcours, avec les instruments réellement disponibles en 2026.

1. Identifiez votre profil : start-up globale ou entreprise locale ?

Avant de chercher un investisseur, une question tranche presque tout : « Mon marché est-il mondial ou principalement suisse ? »

Profil A : start-up ou scale-up à portée internationale

Vous êtes dans cette catégorie si :

  • votre marché adressable est mondial et se chiffre en milliards ;
  • vous développez une innovation forte (technologique, scientifique ou de modèle d’affaires) ;
  • votre produit peut croître sans que les coûts suivent au même rythme ;
  • vous visez une croissance très rapide et une expansion internationale ;
  • vous acceptez de céder une part significative du capital pour accélérer.

Secteurs typiques : logiciels B2B, IA, biotech, medtech, deeptech, climate tech, fintech. Des entreprises comme Climeworks, GetYourGuide ou Scandit illustrent ce profil.

Guide détaillé : Lever des fonds en VC en Suisse : le guide pour start-up globales

Profil B : entreprise à marché suisse ou DACH

Vous êtes dans cette catégorie si :

  • votre marché est principalement la Suisse (éventuellement l’Allemagne et l’Autriche) ;
  • vous opérez dans un secteur établi : alimentation, commerce, services aux entreprises, industrie, énergie, santé ;
  • votre croissance est solide mais linéaire, de l’ordre de 10 à 30 % par an ;
  • votre avantage repose sur l’exécution plus que sur une rupture technologique ;
  • vous voulez garder le contrôle de votre entreprise.

Guide détaillé : Lever des fonds sans VC en Suisse : crowdfunding, banques et business angels

2. Panorama des financements disponibles en Suisse en 2026

Pour chaque instrument : de quoi il s’agit, les montants, et pour qui il est fait.

2.1. Aides publiques et non dilutives

Innosuisse (national)

L’agence suisse pour l’encouragement de l’innovation propose plusieurs instruments :

  • Chèque d’innovation : jusqu’à CHF 15 000 pour une étude préliminaire réalisée avec un partenaire de recherche.
  • Projets d’innovation start-up : pour les start-up de moins de 50 EPT, créées depuis 5 ans au plus et pas encore sur le marché. Innosuisse finance jusqu’à 70 % des coûts directs du projet ; la start-up apporte au moins 30 %. Dépôt en continu, décision en 16 semaines environ.
  • Coaching start-up : accompagnement par des coachs accrédités, avec un premier chèque de coaching pouvant aller jusqu’à CHF 10 000.

À noter : aucun nouvel appel n’est prévu pour le Swiss Accelerator. En revanche, depuis 2025, les entreprises suisses ont de nouveau accès à l’EIC Accelerator européen (Horizon Europe) : jusqu’à EUR 2,5 millions de subvention, complétés le cas échéant par EUR 1 à 10 millions de fonds propres ou de garanties. Très sélectif, mais à considérer pour les projets deeptech.

Site : innosuisse.admin.ch

Venture Kick

Programme philanthropique qui finance jusqu’à CHF 150 000 par start-up, en trois étapes de pitch devant des jurys d’entrepreneurs et d’investisseurs. Il s’adresse aux projets issus des hautes écoles et aux jeunes entreprises innovantes.

Programmes cantonaux

  • FIT – Fondation pour l’innovation technologique (Vaud) : FIT Tech (subvention de CHF 100 000, puis prêt seed de CHF 100 000, puis prêt de croissance jusqu’à CHF 500 000) et FIT Digital (CHF 20 000, puis 50 000, puis jusqu’à 200 000). fondation-fit.ch
  • Genilem (Suisse romande) : accompagnement des créateurs d’entreprise ; pas de financement direct, mais un accès facilité aux financeurs. genilem.ch
  • Fongit (Genève) : incubation et accompagnement des start-up technologiques genevoises. fongit.ch

Chaque canton dispose en outre d’un service de promotion économique : c’est souvent le meilleur premier interlocuteur pour connaître les aides locales.

2.2. Banques et cautionnements

Les banques cantonales

Pour une PME qui génère déjà du chiffre d’affaires, le prêt bancaire reste le financement le moins coûteux. Les banques cantonales sont généralement les plus ouvertes aux PME de leur région. Certaines vont plus loin : la Banque cantonale de Zurich (ZKB) investit même directement dans des start-up.

Ce que la banque veut voir :

  • un chiffre d’affaires existant et des comptes propres ;
  • un modèle compréhensible et un marché clair ;
  • un business plan et un plan de trésorerie crédibles ;
  • des garanties, ou un cautionnement.

Les coopératives de cautionnement

C’est l’outil le plus sous-utilisé par les PME suisses. Une coopérative se porte caution auprès de la banque, ce qui permet d’obtenir un crédit même sans pouvoir offrir soi-même toutes les garanties exigées. Les cautionnements couvrent des crédits bancaires jusqu’à CHF 1 million, et la Confédération assume jusqu’à 65 % du risque de perte des coopératives.

Il existe quatre organisations reconnues :

2.3. Crowdfunding

Le marché suisse du crowdfunding est reparti à la hausse en 2025 : CHF 629 millions levés via les plateformes (+14 %), selon le Crowdfunding Monitor de la Haute école de Lucerne publié en mai 2026. Plus de 75 % de ce volume est du crowdlending (prêts), dont une large part dans l’immobilier.

Deux familles à distinguer :

  • Crowdinvesting en fonds propres : vous vendez des parts de votre entreprise à de nombreux investisseurs. En Suisse, les plateformes actives pour les start-up et PME sont par exemple OOmnium (vérifiez l’activité récente de chaque plateforme avant de vous engager).
  • Crowdlending PME : vous empruntez auprès d’investisseurs via une plateforme, sans dilution. Exemple : swisspeers.

Le crowdinvesting fonctionne surtout pour les entreprises qui ont une marque, une communauté et un produit compréhensible par le grand public. Il demande un vrai effort marketing pendant la campagne, et implique ensuite de gérer de nombreux actionnaires.

2.4. Business angels

Des investisseurs privés, souvent anciens entrepreneurs ou dirigeants, qui investissent leur propre argent, généralement aux premiers stades. Ils apportent aussi réseau et expérience. Les principaux réseaux structurés :

  • SICTIC (Swiss ICT Investor Club) : orienté technologies ;
  • Business Angels Switzerland (BAS) : réseau national d’investisseurs privés.

Beaucoup d’angels investissent aussi hors de tout réseau : la recommandation par un entrepreneur ou un investisseur de confiance reste le meilleur accès.

2.5. Family offices

La Suisse compte de nombreux family offices. Ils investissent sur des horizons longs, avec moins de pression sur la vitesse de croissance qu’un VC, et privilégient souvent des secteurs qui résonnent avec leurs valeurs ou leur métier d’origine.

Revers de la médaille : ils communiquent peu, décident parfois lentement, et ne s’approchent quasiment que par recommandation.

2.6. Capital-risque (VC)

Des fonds professionnels qui investissent en échange d’une part significative du capital, avec l’objectif d’une revente ou d’une introduction en bourse à horizon de 5 à 10 ans. En 2025, le capital s’est concentré sur les entreprises jugées les plus solides : un environnement plus sélectif, mais toujours actif.

Quelques investisseurs actifs en Suisse : Redalpine, btov Partners, Verve Ventures, Founderful, Swisscom Ventures, Lakestar, ainsi que des fonds européens et, plus tard dans la vie de l’entreprise, américains.

Tout le détail dans le guide VC.

2.7. Dette de croissance et investisseurs industriels

La dette de croissance (venture debt, prêts de croissance) finance une entreprise sur la base de sa traction et de ses revenus, avec peu ou pas de dilution. Elle convient aux modèles déjà prouvés : elle ne remplace pas un tour de fonds propres quand le modèle reste à démontrer.

Le corporate venture capital : de grands groupes investissent dans des start-up proches de leur stratégie. L’intérêt dépasse l’argent (premier client, distribution, crédibilité), mais attention à la dépendance vis-à-vis d’un seul acteur et aux clauses qui pourraient gêner une revente future.

À retenir :

La dette finance les modèles prouvés. Les fonds propres financent l’incertitude. Si votre machine commerciale tourne, commencez par la dette. Si vous faites un pari de marché ou d’innovation, il faut des fonds propres.

3. VC ou levée « 100 % suisse » : le comparatif

Parcours venture capital

  • Montants : de quelques centaines de milliers à plusieurs dizaines de millions de francs par tour.
  • Durée : souvent 6 à 12 mois, de la préparation au closing.
  • Due diligence : lourde (finance, juridique, technologie, équipe).
  • Gouvernance : siège au conseil, droits de veto, reporting structuré.
  • Dilution : élevée.
  • Attentes : croissance très rapide et sortie (vente ou bourse) à moyen terme.
  • Sélectivité : très forte ; seule une petite minorité des dossiers est financée.

Parcours local (banques, cautionnement, angels, crowdfunding, family offices)

  • Montants : généralement de CHF 100 000 à quelques millions au total.
  • Durée : plutôt 3 à 6 mois.
  • Due diligence : sérieuse mais plus légère.
  • Gouvernance : contraintes nettement plus faibles.
  • Dilution : modérée, voire nulle pour la dette.
  • Attentes : croissance saine et rentable, sans obligation de sortie rapide.

4. Le questionnaire : quel parcours pour vous ?

Répondez honnêtement à ces cinq questions.

  1. Votre marché adressable ? A) mondial, en milliards. B) Suisse ou DACH.
  2. Votre ambition de croissance ? A) doubler chaque année. B) croître durablement de 10 à 30 % par an.
  3. La nature de votre avantage ? A) une rupture technologique ou de modèle. B) une exécution supérieure dans un secteur établi.
  4. Êtes-vous prêt à céder 15 à 25 % du capital à chaque tour ? A) oui, si cela accélère. B) non, je veux garder le contrôle.
  5. Votre entreprise dans 10 ans ? A) vendue ou cotée. B) indépendante, rentable, leader sur son marché.

Majorité de A : parcours VC. Majorité de B : parcours local (banque + cautionnement, angels, crowdfunding, family offices).

5. Questions fréquentes

Ai-je besoin d’un VC pour réussir ?

Non. Le capital-risque est fait pour un type d’entreprise précis : marché mondial et hypercroissance. Pour la grande majorité des PME suisses, la combinaison banque, cautionnement, business angels et, le cas échéant, crowdfunding est plus adaptée, plus rapide et moins dilutive.

Combien de temps prend une levée de fonds ?

Comptez souvent 6 à 12 mois pour un tour VC, et 3 à 6 mois pour un financement local. Dans les deux cas, la préparation (chiffres, business plan, dossier investisseurs) représente une bonne part du temps, et c’est elle qui conditionne la suite.

Quelle dilution pour une première levée ?

En ordre de grandeur, un tour d’amorçage ou une première levée auprès d’angels représente souvent 10 à 25 % du capital. Au-delà de 30 % dès le premier tour, vous risquez de manquer de marge pour les tours suivants.

Puis-je combiner crowdfunding, fonds propres et dette bancaire ?

Oui, et c’est souvent la meilleure structure pour une PME : des fonds propres (angels ou crowdfunding) renforcent le bilan, ce qui facilite ensuite l’obtention d’un crédit bancaire cautionné. Vous financez ainsi davantage avec moins de dilution.

Combien coûte une levée de fonds ?

Il faut compter les frais juridiques, la commission de la plateforme en cas de crowdfunding, les frais de dossier et la prime de cautionnement pour un crédit. Le coût le plus sous-estimé reste le temps du dirigeant : une levée peut occuper une grande partie de son agenda pendant plusieurs mois.

Business plan ou pitch deck ?

Les deux, selon l’interlocuteur. Un VC attend d’abord un pitch deck court et un modèle financier solide. Une banque ou un family office attend un business plan plus complet. Dans tous les cas, des hypothèses chiffrées et défendables font la différence : voir les 10 éléments clés d’un business plan crédible.

6. Conclusion : il n’existe pas une levée suisse, mais deux

  • Start-up globale : le capital-risque, avec une préparation rigoureuse, des investisseurs ciblés et l’acceptation d’une dilution significative.
  • Entreprise locale : la combinaison banque cantonale + cautionnement, angels, crowdfunding ou family office, plus rapide et moins dilutive.

Le marché de 2026 récompense les dossiers solides : un business plan cohérent, une valorisation argumentée et une trésorerie maîtrisée (le rôle d’un CFO à temps partiel) comptent davantage que l’originalité du pitch. Choisissez le parcours qui correspond à votre entreprise, pas celui qui est à la mode.

Sources : Swiss Venture Capital Report 2026 (startupticker.ch / SECA) ; SECA, chiffres du 1er semestre 2026 ; Crowdfunding Monitor Schweiz 2026 (HSLU) ; SECO / PME.admin.ch (cautionnement) ; Innosuisse ; Euresearch (EIC Accelerator) ; Venture Kick ; Fondation pour l’innovation technologique. Chiffres vérifiés en octobre 2026.

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