La plupart des contenus sur la levée de fonds sont écrits pour la Silicon Valley. La Suisse fonctionne autrement : un marché d’environ 9 millions d’habitants, trois régions linguistiques, des secteurs souvent matures, et un écosystème de financement où les banques cantonales, les cautionnements et les programmes publics pèsent autant que le capital-risque.
Le contexte 2026 renforce une réalité simple : l’argent existe, mais il va aux dossiers les mieux préparés.
Chiffre clé :
Près de CHF 3 milliards ont été investis dans les start-up suisses en 2025 (+24 % sur un an, 354 tours de financement), selon le Swiss Venture Capital Report publié en février 2026 par startupticker.ch et la SECA. Mais au premier semestre 2026, le montant est retombé à environ CHF 1,25 milliard (−15,5 %).
Le rebond de 2025 a surtout profité à l’ICT (logiciels, IA) et à la biotech, et le capital s’est concentré sur un nombre restreint d’entreprises. Pour la majorité des entrepreneurs, la question n’est donc pas « comment séduire un VC », mais « quel financement correspond vraiment à mon entreprise ».
Deux réalités coexistent :
Ce guide présente les deux parcours, avec les instruments réellement disponibles en 2026.
Avant de chercher un investisseur, une question tranche presque tout : « Mon marché est-il mondial ou principalement suisse ? »
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Secteurs typiques : logiciels B2B, IA, biotech, medtech, deeptech, climate tech, fintech. Des entreprises comme Climeworks, GetYourGuide ou Scandit illustrent ce profil.
Guide détaillé : Lever des fonds en VC en Suisse : le guide pour start-up globales
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Guide détaillé : Lever des fonds sans VC en Suisse : crowdfunding, banques et business angels
Pour chaque instrument : de quoi il s’agit, les montants, et pour qui il est fait.
L’agence suisse pour l’encouragement de l’innovation propose plusieurs instruments :
À noter : aucun nouvel appel n’est prévu pour le Swiss Accelerator. En revanche, depuis 2025, les entreprises suisses ont de nouveau accès à l’EIC Accelerator européen (Horizon Europe) : jusqu’à EUR 2,5 millions de subvention, complétés le cas échéant par EUR 1 à 10 millions de fonds propres ou de garanties. Très sélectif, mais à considérer pour les projets deeptech.
Site : innosuisse.admin.ch
Programme philanthropique qui finance jusqu’à CHF 150 000 par start-up, en trois étapes de pitch devant des jurys d’entrepreneurs et d’investisseurs. Il s’adresse aux projets issus des hautes écoles et aux jeunes entreprises innovantes.
Chaque canton dispose en outre d’un service de promotion économique : c’est souvent le meilleur premier interlocuteur pour connaître les aides locales.
Pour une PME qui génère déjà du chiffre d’affaires, le prêt bancaire reste le financement le moins coûteux. Les banques cantonales sont généralement les plus ouvertes aux PME de leur région. Certaines vont plus loin : la Banque cantonale de Zurich (ZKB) investit même directement dans des start-up.
Ce que la banque veut voir :
C’est l’outil le plus sous-utilisé par les PME suisses. Une coopérative se porte caution auprès de la banque, ce qui permet d’obtenir un crédit même sans pouvoir offrir soi-même toutes les garanties exigées. Les cautionnements couvrent des crédits bancaires jusqu’à CHF 1 million, et la Confédération assume jusqu’à 65 % du risque de perte des coopératives.
Il existe quatre organisations reconnues :
Le marché suisse du crowdfunding est reparti à la hausse en 2025 : CHF 629 millions levés via les plateformes (+14 %), selon le Crowdfunding Monitor de la Haute école de Lucerne publié en mai 2026. Plus de 75 % de ce volume est du crowdlending (prêts), dont une large part dans l’immobilier.
Deux familles à distinguer :
Le crowdinvesting fonctionne surtout pour les entreprises qui ont une marque, une communauté et un produit compréhensible par le grand public. Il demande un vrai effort marketing pendant la campagne, et implique ensuite de gérer de nombreux actionnaires.
Des investisseurs privés, souvent anciens entrepreneurs ou dirigeants, qui investissent leur propre argent, généralement aux premiers stades. Ils apportent aussi réseau et expérience. Les principaux réseaux structurés :
Beaucoup d’angels investissent aussi hors de tout réseau : la recommandation par un entrepreneur ou un investisseur de confiance reste le meilleur accès.
La Suisse compte de nombreux family offices. Ils investissent sur des horizons longs, avec moins de pression sur la vitesse de croissance qu’un VC, et privilégient souvent des secteurs qui résonnent avec leurs valeurs ou leur métier d’origine.
Revers de la médaille : ils communiquent peu, décident parfois lentement, et ne s’approchent quasiment que par recommandation.
Des fonds professionnels qui investissent en échange d’une part significative du capital, avec l’objectif d’une revente ou d’une introduction en bourse à horizon de 5 à 10 ans. En 2025, le capital s’est concentré sur les entreprises jugées les plus solides : un environnement plus sélectif, mais toujours actif.
Quelques investisseurs actifs en Suisse : Redalpine, btov Partners, Verve Ventures, Founderful, Swisscom Ventures, Lakestar, ainsi que des fonds européens et, plus tard dans la vie de l’entreprise, américains.
Tout le détail dans le guide VC.
La dette de croissance (venture debt, prêts de croissance) finance une entreprise sur la base de sa traction et de ses revenus, avec peu ou pas de dilution. Elle convient aux modèles déjà prouvés : elle ne remplace pas un tour de fonds propres quand le modèle reste à démontrer.
Le corporate venture capital : de grands groupes investissent dans des start-up proches de leur stratégie. L’intérêt dépasse l’argent (premier client, distribution, crédibilité), mais attention à la dépendance vis-à-vis d’un seul acteur et aux clauses qui pourraient gêner une revente future.
À retenir :
La dette finance les modèles prouvés. Les fonds propres financent l’incertitude. Si votre machine commerciale tourne, commencez par la dette. Si vous faites un pari de marché ou d’innovation, il faut des fonds propres.
Répondez honnêtement à ces cinq questions.
Majorité de A : parcours VC. Majorité de B : parcours local (banque + cautionnement, angels, crowdfunding, family offices).
Non. Le capital-risque est fait pour un type d’entreprise précis : marché mondial et hypercroissance. Pour la grande majorité des PME suisses, la combinaison banque, cautionnement, business angels et, le cas échéant, crowdfunding est plus adaptée, plus rapide et moins dilutive.
Comptez souvent 6 à 12 mois pour un tour VC, et 3 à 6 mois pour un financement local. Dans les deux cas, la préparation (chiffres, business plan, dossier investisseurs) représente une bonne part du temps, et c’est elle qui conditionne la suite.
En ordre de grandeur, un tour d’amorçage ou une première levée auprès d’angels représente souvent 10 à 25 % du capital. Au-delà de 30 % dès le premier tour, vous risquez de manquer de marge pour les tours suivants.
Oui, et c’est souvent la meilleure structure pour une PME : des fonds propres (angels ou crowdfunding) renforcent le bilan, ce qui facilite ensuite l’obtention d’un crédit bancaire cautionné. Vous financez ainsi davantage avec moins de dilution.
Il faut compter les frais juridiques, la commission de la plateforme en cas de crowdfunding, les frais de dossier et la prime de cautionnement pour un crédit. Le coût le plus sous-estimé reste le temps du dirigeant : une levée peut occuper une grande partie de son agenda pendant plusieurs mois.
Les deux, selon l’interlocuteur. Un VC attend d’abord un pitch deck court et un modèle financier solide. Une banque ou un family office attend un business plan plus complet. Dans tous les cas, des hypothèses chiffrées et défendables font la différence : voir les 10 éléments clés d’un business plan crédible.
Le marché de 2026 récompense les dossiers solides : un business plan cohérent, une valorisation argumentée et une trésorerie maîtrisée (le rôle d’un CFO à temps partiel) comptent davantage que l’originalité du pitch. Choisissez le parcours qui correspond à votre entreprise, pas celui qui est à la mode.
Sources : Swiss Venture Capital Report 2026 (startupticker.ch / SECA) ; SECA, chiffres du 1er semestre 2026 ; Crowdfunding Monitor Schweiz 2026 (HSLU) ; SECO / PME.admin.ch (cautionnement) ; Innosuisse ; Euresearch (EIC Accelerator) ; Venture Kick ; Fondation pour l’innovation technologique. Chiffres vérifiés en octobre 2026.