Introduction : Le paradoxe de la croissance toxique
Scénario classique :
Votre CA a doublé en 18 mois. Vous avez recruté 25 personnes. Vous avez signé 60 nouveaux clients.
Sur le papier, tout va bien. Les investisseurs sont contents. Le board applaudit.
Mais dans la réalité :
- Votre équipe est épuisée (et plusieurs talents clés viennent de démissionner)
- Vous passez 70% de votre temps à "éteindre des feux"
- Les nouveaux collaborateurs ne savent pas "comment ça marche ici"
- Les décisions prennent des semaines (voire des mois)
- Votre marge s'effondre malgré la croissance du CA
- Vous avez l'impression de perdre le contrôle
Bienvenue dans le piège de la "croissance sans scale".
Selon le Swiss Venture Capital Report 2024 (Startups.ch & SECA), 68% des scale-ups suisses qui lèvent des fonds connaissent des problèmes d'organisation dans les 18 mois suivant leur levée. La cause ? La croissance du CA n'est pas synchronisée avec la structuration de l'organisation.
Une étude de digitalswitzerland (2023) révèle que le turnover moyen dans les scale-ups suisses est de 22% par an — 2x plus élevé que dans les PME établies (11%). La raison principale citée par les employés qui partent ? "Manque de clarté sur les rôles et responsabilités" et "décisions trop lentes".
La croissance n'est pas un indicateur de maturité organisationnelle.
En fait, la croissance peut même masquer des problèmes structurels graves... jusqu'au jour où tout explose.
Le syndrome "ça vend, donc tout va bien" :
Quand le CA augmente, on a tendance à ignorer les signaux d'alerte organisationnels. "On réglera ça plus tard, là on doit vendre." Sauf que "plus tard" n'arrive jamais. Et quand les problèmes explosent, il est souvent trop tard.
Le risque : La croissance détruit la marge, épuise l'équipe, et tue la culture... au lieu de créer de la valeur durable.
Dans cet article, nous explorons pourquoi l'organisation refuse de suivre la traction, et comment y remédier avant l'implosion.
1. Quand les signaux d'alerte apparaissent 🔥
Voici les 5 signaux d'alerte les plus fréquents dans les scale-ups suisses qui croissent trop vite sans structurer :
1.1. Le fondateur devient le goulot d'étranglement
Le symptôme :
Tous les chemins mènent au CEO. Toutes les décisions remontent à lui. L'équipe attend sa validation pour avancer.
Exemple concret :
Un CEO de scale-up SaaS romande (35 personnes, CHF 3M ARR) devait valider :
- Chaque embauche (8 recrutements en cours)
- Chaque dépense > CHF 5'000 (15-20 demandes/mois)
- Chaque décision commerciale importante (deals > CHF 50K)
- Chaque modification produit majeure (roadmap trimestrielle)
- Chaque partenariat stratégique
Résultat :
- Il passait 70% de son temps en "validation"
- L'équipe attendait ses réponses (délai moyen : 1-2 semaines)
- Les projets avançaient au rythme de sa disponibilité
- Il n'avait plus de temps pour la stratégie, le développement commercial et la relation investisseurs
Conséquence :
L'entreprise ne peut pas croître au-delà de la bande passante du CEO. Même avec une équipe de 50 personnes, vous êtes limité par 1 personne.
Signal d'alerte :
Si vous recevez plus de 20 emails/jour avec "Tu valides ?" ou "Qu'est-ce que je fais ?", vous êtes le goulot.
1.2. Décisions non documentées → chaos informatif
Le symptôme :
Les décisions importantes sont prises "à l'oral" dans des réunions ou des Slack threads. Résultat : personne ne sait ce qui a été décidé, par qui, et pourquoi.
Exemple concret :
Dans une scale-up medtech genevoise (40 personnes), le CEO et le CTO avaient décidé lors d'un déjeuner de "pivoter la roadmap produit". Ils ont communiqué ça oralement à leurs N-1 respectifs.
Résultat, 3 mois plus tard :
- L'équipe produit développait l'ancienne roadmap
- L'équipe sales vendait la nouvelle roadmap
- L'équipe support ne savait pas quelle version était la bonne
Perte de temps estimée : 400h d'engineering (CHF 60K de coût).
Conséquence :
Sans documentation des décisions, l'information se perd, se déforme, et crée du chaos. Les équipes ne savent plus "quelle est la vérité".
Signal d'alerte :
Si vous entendez régulièrement "Attends, on avait dit quoi déjà ?" ou "Je croyais qu'on faisait X, pas Y", vous avez un problème.
Source : Selon une étude de la HES-SO (2023) sur les scale-ups romandes, 63% des équipes citent "le manque de documentation des décisions" comme source majeure de frustration.
1.3. Recrutements en mode pompier
Le symptôme :
Vous recrutez dans l'urgence, sans profil de poste clair, sans process structuré. Résultat : taux d'échec élevé (30-40% des recrues ne passent pas la période d'essai).
Exemple concret :
Une scale-up e-commerce lausannoise (CHF 8M CA) a recruté 15 personnes en 6 mois. Bilan après 12 mois :
- 6 personnes parties (40% turnover)
- Coût du turnover : CHF 250K (recrutement + onboarding + perte de productivité)
- Raisons de départ : "Le poste ne correspondait pas à ce qu'on m'avait vendu" + "Aucun onboarding, je ne savais pas quoi faire"
Conséquence :
Recruter dans l'urgence = recruter mal. Et recruter mal coûte 3x le salaire annuel de la personne (selon l'Office fédéral de la statistique, le coût moyen d'un mauvais recrutement en Suisse est de CHF 80-150K).
Signal d'alerte :
Si votre turnover dépasse 20%/an, vous avez un problème structurel (la moyenne PME suisse est de 11% selon l'OFS 2023).
1.4. Processus inexistants → dépendance aux individus
Le symptôme :
Tout repose sur des individus. Si Pierre part, personne ne sait comment faire son travail. Si Marie est en vacances, tout bloque.
Exemple concret :
Dans une fintech zurichoise (25 personnes), le Head of Sales était le seul à connaître :
- Le CRM et comment l'utiliser
- Le process de closing
- Les conditions commerciales négociées avec chaque client
Il démissionne. Résultat :
- 3 mois de chaos : l'équipe sales ne sait plus comment closer
- Perte de 5 deals (CHF 400K de CA)
- Recrutement d'un nouveau Head of Sales : 6 mois
Conséquence :
Sans processus documentés, vous êtes otage de vos collaborateurs. Leur départ = perte de connaissance critique.
Signal d'alerte :
Si vous vous dites "Heureusement que X est là, sinon on est morts", vous avez un problème.
1.5. Chantiers prioritaires qui changent chaque semaine
Le symptôme :
Vous lancez 10 "priorités" en janvier. En mars, vous en avez lancé 8 autres. En juin, aucune n'est terminée.
Exemple concret :
Un CEO de startup greentech bernoise (CHF 5M levés) avait identifié 12 "projets prioritaires" en début d'année.
Bilan en septembre :
- 11 projets à 20-40% d'avancement
- 1 seul projet terminé (site web refait, car externalisé)
- Équipe épuisée et démoralisée
- CEO frustré : "Pourquoi rien n'avance ?"
Conséquence :
Trop de priorités = aucune priorité. Les ressources (temps, argent, énergie) sont diluées. Rien n'aboutit vraiment. L'organisation tourne en rond.
Signal d'alerte :
Si vous avez plus de 3 priorités stratégiques par trimestre, vous êtes en dispersion.
Source : Une enquête de SwissCham (2023) auprès de 150 CEOs suisses révèle que les entreprises qui maintiennent 3 priorités max par trimestre ont un taux de complétion de 78% vs 32% pour celles qui en ont 8+.
2. Structurer = clarifier les responsabilités + installer un pilotage
La structuration n'est pas de la bureaucratie. C'est de la clarté.
Voici les 3 piliers pour structurer sans bureaucratiser :
2.1. RACI simple : qui décide ? qui exécute ?
Le problème :
Dans beaucoup d'entreprises en croissance, personne ne sait vraiment "qui fait quoi". Résultat : duplication d'efforts, zones grises, frustration.
Une étude de l'Université de St-Gallen (2024) sur les scale-ups suisses allemandes montre que 58% des employés ne savent pas clairement "qui décide quoi" dans leur entreprise.
La solution : RACI simplifié
RACI = Responsible, Accountable, Consulted, Informed
- R = Responsable (celui qui fait le travail)
- A = Accountable (celui qui rend des comptes, généralement 1 seul)
- C = Consulté (ceux qu'on demande leur avis)
- I = Informé (ceux qu'on tient au courant)
Exemple concret : Lancement d'un nouveau produit
- Définir la roadmap produit : le CPO est à la fois responsable et accountable de la roadmap. Le CEO, le CTO, le marketing et les sales sont consultés.
- Développer le produit : le CTO est responsable et accountable du développement. Le CPO est consulté, tandis que le CEO, le marketing et les sales sont simplement tenus informés.
- Définir le pricing : le CEO est accountable de la décision de prix. Le marketing est responsable de la préparation de la recommandation. Le CPO et les sales sont consultés, le CTO n’est qu’informé.
- Lancer la campagne marketing : le marketing est responsable et accountable de la campagne. Le CEO, le CPO et les sales sont consultés, le CTO est seulement informé.
- Vendre le produit : les sales sont responsables et accountable de la vente. Le CEO et le marketing sont consultés, le CTO et le CPO sont seulement informés.
Règles d'or :
- 1 seul "A" par ligne (1 seul responsable final)
- Pas plus de 2-3 "C" (sinon trop de monde consulté = lenteur)
- Si quelqu'un est "R", il doit aussi être "A" (responsable = accountable)
Comment l'implémenter :
- Listez vos 10-15 activités/projets clés
- Pour chacun, identifiez R, A, C, I
- Partagez avec l'équipe (fichier Google Sheets ou Notion)
- Mettez à jour tous les trimestres
Résultat attendu :
Fin des "Je pensais que c'était toi". Fin des doublons. Accélération des décisions.
2.2. Gouvernance : un comité de direction réel, pas informel
Le problème :
Beaucoup de scale-ups n'ont pas de comité de direction structuré. Les décisions se prennent "au fil de l'eau", dans des Slack threads ou des couloirs.
La solution : Comité de direction (Comex) hebdomadaire
Format recommandé (45-60 min, chaque lundi 9h) :
- Check-in rapide (5 min) : Chacun dit où il en est en 1 phrase
- Revue des 3 priorités (15 min) : Où en est-on ? Rouge/Orange/Vert ?
- Blocages & décisions (20 min) : Qu'est-ce qui bloque ? Qui décide quoi ?
- Actions de la semaine (10 min) : Qui fait quoi cette semaine ?
- Tour de table final (10 min) : Questions, préoccupations
Participants :
- CEO
- CTO / CPO
- CFO / Head of Ops
- Head of Sales / CMO
- (Éventuellement COO si la structure le permet)
Règles :
- Heure fixe, chaque semaine, non négociable
- Commence et finit à l'heure (discipline)
- Pas de laptop sauf si nécessaire (focus)
- Décisions prises en séance, pas reportées
- Actions notées et assignées (accountability)
Résultat attendu :
Rythme, clarté, décisions plus rapides, équipe synchronisée.
Source : Selon une étude de l'IMD Business School (Lausanne, 2023), les scale-ups qui maintiennent un comex hebdomadaire structuré ont un taux de complétion des OKRs 2.4x supérieur à celles qui n'en ont pas.
2.3. Alignement stratégique : 3 priorités max, avec responsables et KPIs
Le problème :
La stratégie est floue, ou il y a trop de priorités. Résultat : dispersion.
La solution : 3 priorités trimestrielles maximum
Format OKR simplifié :
Objectif : Ce que vous voulez accomplir (qualitatif)
Key Results : Comment vous mesurez le succès (quantitatif)
Responsable : 1 seul nom (RACI "A")
Exemple concret : Q1 2025
Priorité #1 : Lancer la V2 du produit
Objectif : Délivrer la V2 avec les 5 features clés attendues par les clients enterprise
Key Results :
- KR1 : 5 features développées et testées (CTO)
- KR2 : 10 clients beta testent la V2 (CPO)
- KR3 : NPS > 8/10 sur la V2 (CPO)
Responsable final : CTO
Budget : CHF 150K
Timeline : 31 mars 2025
Priorité #2 : Signer 3 clients enterprise (> CHF 100K/an)
Objectif : Valider notre go-to-market enterprise
Key Results :
- KR1 : 20 prospects enterprise qualifiés (Head of Sales)
- KR2 : 10 démos faites (Head of Sales)
- KR3 : 3 contrats signés > CHF 100K/an (Head of Sales)
Responsable final : Head of Sales
Budget : CHF 80K (marketing + sales)
Timeline : 31 mars 2025
Priorité #3 : Recruter un CFO senior
Objectif : Structurer la finance et préparer la prochaine levée
Key Results :
- KR1 : Profil de poste validé (CEO)
- KR2 : 30 candidats approchés (CEO + RH)
- KR3 : CFO recruté et onboardé (CEO)
Responsable final : CEO
Budget : CHF 50K (recrutement + onboarding)
Timeline : 31 mars 2025
Communication :
- Partagez ces 3 priorités à toute l'équipe (all-hands, email, Notion)
- Revue hebdomadaire en comex
- Revue mensuelle avec toute l'équipe (all-hands)
Résultat attendu :
Focalisation, exécution accélérée, résultats tangibles.
3. Stabiliser les processus avant qu'ils ne deviennent incontrôlables
Le principe : Structurer sans bureaucratiser
Il ne s'agit pas de créer des processus pour tout. Il s'agit de créer des processus pour ce qui tourne le plus et ce qui coûte le plus cher si ça rate.
3.1. La règle 80/20 : structurer ce qui tourne le plus
Principe :
20% de vos activités génèrent 80% de la valeur (ou 80% des problèmes).
Concentrez votre énergie de structuration sur ces 20%.
Exemple concret :
Dans une scale-up SaaS, les activités critiques sont :
- Recrutement (si vous recrutez mal, vous perdez CHF 100K+ par erreur)
- Onboarding (si vous onboardez mal, turnover élevé)
- Sales (si vous vendez mal, pas de CA)
- Support client (si vous supportez mal, churn élevé)
Ce qu'il faut structurer en priorité :
✅ Process de recrutement (fiche de poste, grille d'évaluation, process d'entretien)
✅ Onboarding (checklist 30-60-90 jours)
✅ Sales (pipeline, étapes, critères de qualification)
✅ Support (SLA, escalation, satisfaction client)
Ce qu'il ne faut PAS structurer (encore) :
❌ Choix du fournisseur de café
❌ Processus de validation des notes de frais < CHF 100
❌ Choix de la police de caractères du site
Résultat attendu :
Vous structurez l'essentiel, pas l'accessoire. Vous gagnez en efficacité sans créer de bureaucratie.
3.2. Standardiser sans bureaucratiser : "le juste nécessaire" pour scaler
Le piège :
Beaucoup de CEOs pensent : "Si je structure, je vais ralentir l'entreprise."
La réalité :
Bien structurer = accélérer. Mal structurer (bureaucratie) = ralentir.
Exemple : Process de recrutement
Niveau 0 (artisanal, 0-10 personnes) :
- Pas de process
- Le CEO recrute "au feeling"
- Ça marche jusqu'à 10 personnes
Niveau 1 (semi-structuré, 10-30 personnes) :
- Fiche de poste claire (rôle, responsabilités, critères de succès)
- Process d'entretien : 1) screening call, 2) entretien technique, 3) entretien culture fit
- Grille d'évaluation : critères objectifs
- Décision collective (2-3 personnes)
Niveau 2 (structuré, 30+ personnes) :
- Tout ce qui est au Niveau 1 +
- Onboarding structuré (checklist 30-60-90 jours)
- Suivi performance (1-on-1, feedback régulier)
- Plan de développement
Le juste nécessaire pour scaler : Niveau 1 dès 15 personnes.
Pas besoin du Niveau 2 avant 30-40 personnes.
3.3. Outils : choix pragmatiques, pas "religion du SaaS"
Le piège :
Beaucoup de scale-ups sur-investissent dans les outils. Résultat : complexité au lieu de simplicité.
Exemple vécu :
Une scale-up de 25 personnes utilisait :
- Notion (documentation)
- Asana (gestion de projets)
- Monday (autre gestion de projets, car Asana ne convenait pas à l'équipe sales)
- Jira (pour les devs)
- Google Sheets (pour le suivi financier)
- Trello (pour le marketing)
Résultat : personne ne savait où était l'information. Perte de temps énorme.
Solution : Principe de simplicité
✅ Commencez avec vos outils actuels (Google Sheets, Notion, etc.)
✅ Ne changez que si nécessaire
✅ 1 outil par fonction (pas 3 outils de gestion de projets)
Stack minimal recommandé (10-50 personnes) :
- Pour la documentation, utiliser un outil type Notion ou Confluence
- Pour la gestion de projets, un outil unique, par exemple Asana ou Linear
- Pour la communication interne, un outil central comme Slack
- Pour la visioconférence, rester simple avec Google Meet ou Zoom
- Pour le CRM, un HubSpot ou Pipedrive suffit largement
- Pour la finance, démarrer avec Bexio ou, au début, de bons Google Sheets bien structurés
- Pour les RH (si vous dépassez ~30 personnes), un outil comme Personio permet de structurer les process
Principe : Simplicité > Complexité
Source : Selon une étude de la ZHAW School of Management (2023), les scale-ups suisses qui utilisent moins de 8 outils SaaS ont une productivité 1.7x supérieure à celles qui en utilisent 15+.
3.4. Les 3 niveaux de maturité des processus
Niveau 1 : Artisanal (0-10 personnes)
- Tout repose sur les individus
- Pas de documentation
- "On se parle, ça suffit"
- Décisions informelles
→ Ça marche jusqu'à 10 personnes
Niveau 2 : Semi-structuré (10-50 personnes)
- Process documentés pour les activités critiques (recrutement, onboarding, sales)
- Rituels de pilotage (weekly comex, all-hands mensuel)
- Rôles et responsabilités clairs (RACI)
- Onboarding structuré (checklist)
→ Nécessaire à partir de 15 personnes
Niveau 3 : Structuré (50+ personnes)
- Process formalisés pour toutes les activités clés
- Outils de pilotage (ERP, CRM, dashboards)
- Organisation hiérarchique claire (middle management)
- KPIs par équipe et individu
→ Nécessaire à partir de 50 personnes
Erreur classique :
Rester en Niveau 1 alors que vous avez 30 personnes = chaos garanti.
Votre objectif :
Identifier à quel niveau vous êtes, et passer au niveau suivant AVANT que le chaos ne s'installe.
4. Comment un renfort exécutif accélère la mise à l'échelle 🚀
Structurer seul est possible. Mais c'est long, difficile, et vous risquez des faux départs.
Voici comment un renfort exécutif externe (COO/CFO fractionnel, interim executive) accélère la structuration :
4.1. Aide à définir l'organisation-cible
Le problème :
La plupart des CEOs savent qu'ils doivent structurer, mais ne savent pas comment ni par où commencer.
Ce que le renfort apporte :
- Diagnostic organisationnel (forces, faiblesses, priorités)
- Définition de l'organisation-cible (organigramme, rôles, responsabilités)
- Roadmap de structuration (qu'est-ce qu'on fait dans quel ordre)
Exemple concret :
Un COO fractionnel intervient dans une scale-up de 35 personnes. Après 2 semaines de diagnostic :
Organisation actuelle :
- CEO + 34 personnes qui lui reportent (directement ou indirectement)
- Aucun niveau intermédiaire
- Aucune clarté sur "qui fait quoi"
Organisation-cible (à 12 mois) :
- CEO
- CTO (engineering + produit) : 15 personnes
- Head of Sales (sales + marketing) : 10 personnes
- Head of Ops (finance + RH + support) : 8 personnes
- Head of Customer Success : 6 personnes
Roadmap :
- Mois 1-3 : Recruter CTO
- Mois 3-6 : Recruter Head of Sales
- Mois 6-9 : Recruter Head of Ops
- Mois 9-12 : Recruter Head of Customer Success
Résultat :
Le CEO sait où il va et comment y arriver. Il n'improvise plus.
4.2. Met en place le pilotage de performance
Le problème :
Beaucoup de scale-ups n'ont pas de KPIs clairs ni de dashboard de pilotage. Résultat : pilotage "au feeling", décisions basées sur des impressions, pas des données.
Ce que le renfort apporte :
- Identification des 8-12 KPIs critiques
- Mise en place d'un dashboard de pilotage (Google Sheets, Notion, ou BI tool)
- Rituels de revue (hebdomadaire en comex, mensuel avec l'équipe)
Exemple de dashboard scale-up SaaS :
- ARR : 2,5 MCHF actuellement, pour un objectif de 3,5 MCHF sur le trimestre – KPI au vert
- MRR : 210 kCHF vs un objectif de 290 kCHF – là aussi au vert si la tendance est bonne
- Nouveaux clients par mois : 8 actuellement pour un objectif de 12 – KPI en jaune, il faut intensifier le pipe
- Churn mensuel : 4 % par mois alors que la cible est en dessous de 3 % – KPI clairement en rouge
- Net Revenue Retention (NRR) : 105 % pour un objectif à 115 % – en jaune, il reste du potentiel sur l’upsell / cross-sell
- CAC : environ 8 kCHF par client pour une cible à 6 kCHF – KPI en jaune, il faut optimiser l’acquisition
- Ratio LTV/CAC : autour de 4,2x, avec un objectif > 5x – indicateur encore perfectible
- Burn rate : 180 kCHF par mois pour une cible maximale à 200 kCHF – KPI au vert, la consommation de cash reste maîtrisée
Résultat :
Le CEO pilote avec des données, pas des impressions. Les décisions sont plus rapides et plus justes.
4.3. Permet au CEO de repasser au niveau stratégique
Le problème :
Dans beaucoup de scale-ups, le CEO est aspiré dans l'opérationnel. Il passe 70-80% de son temps à gérer des urgences, éteindre des feux, valider des décisions.
Résultat : Il n'a plus de temps pour la stratégie (vision, développement commercial, relation investisseurs, recrutements clés).
Ce que le renfort apporte :
Il prend en charge l'opérationnel temporairement (3-12 mois), ce qui libère le CEO pour la stratégie.
Répartition typique après intervention d'un COO fractionnel :
- Avant l’intervention, le CEO consacre en général environ 70 % de son temps à l’opérationnel (urgences, validations, micro-management), 10 % à la structuration (qu’il n’a pas vraiment le temps de traiter) et seulement 20 % à la stratégie (vision, développement commercial, investisseurs).
- Après l’intervention, la courbe s’inverse : l’opérationnel retombe autour de 20 % (une grande partie étant reprise par le COO fractionnel), la structuration reste autour de 10 % mais est pilotée par le renfort exécutif, et le CEO peut désormais consacrer environ 70 % de son temps à la stratégie et aux sujets à forte valeur ajoutée.
Résultat :
Le CEO retrouve du recul, de la sérénité, et peut se concentrer sur ce qui compte vraiment : la vision, la croissance et la relation investisseurs.
4.4. Cas pratique : Scale-up SaaS B2B (40 personnes)
Contexte :
- Secteur : SaaS B2B (gestion de projets)
- CA : CHF 3M ARR (+150% YoY)
- Équipe : passée de 15 à 40 personnes en 12 mois
- CEO débordé, organisation chaotique
- Turnover : 25% (vs 11% moyenne PME suisse)
Problème :
- Aucun process formalisé (recrutement, onboarding, performance)
- Décisions non documentées (chaos informatif)
- Priorités changeant chaque semaine
- CEO goulot d'étranglement sur tout
Intervention (COO fractionnel, 3j/semaine, 6 mois) :
Mois 1-2 : Diagnostic + Quick wins
- Mise en place organigramme clair (CEO + 4 N-1)
- Installation rituels de pilotage (weekly comex 45 min, all-hands mensuel)
- Définition des 3 priorités trimestrielles (OKRs)
- Clarification RACI sur les 10 projets en cours
Mois 3-4 : Structuration
- Process de recrutement formalisé (fiche poste, grille évaluation, 3 entretiens)
- Onboarding structuré (checklist 30-60-90 jours)
- KPIs par équipe (sales, produit, support)
- Dashboard de pilotage (8 métriques clés dans Notion)
Mois 5-6 : Autonomisation
- Formation des 4 N-1 aux rituels et au pilotage
- Documentation complète (wiki interne sur Notion)
- Recrutement COO permanent
- Passation au nouveau COO
Résultat après 6 mois :
- CEO libéré : 60% de son temps récupéré (focus stratégie et développement commercial)
- Turnover divisé par 3 : de 25% à 8% (source : suivi interne RH)
- Décisions accélérées : de 2-3 semaines à 2-3 jours
- Taux de complétion des OKRs : de 30% à 75%
- Recrutement COO permanent réussi avec passation fluide
Coût : CHF 90'000 (6 mois x CHF 15'000/mois)
ROI estimé :
- Économie turnover : CHF 150K/an (5 recrues évitées x CHF 30K/recrue)
- Gain productivité : CHF 200K/an (projets terminés, deals fermés plus vite)
- Total : CHF 350K/an
4.5. Cas pratique : PME industrielle (CHF 12M CA, 35 personnes)
Contexte :
- Secteur : Industrie (manufacturing premium)
- CA : CHF 12M (+30% YoY)
- Équipe : 35 personnes
- CEO isolé, pilotage à vue
Problème :
- CEO seul aux commandes depuis 8 ans
- Aucun comex structuré (réunions informelles)
- Décisions lentes (3 mois pour arbitrer entre 2 projets)
- Board impatient : "On ne comprend pas votre stratégie"
Intervention (Interim COO, 2j/semaine, 6 mois) :
Mois 1-2 : Structuration gouvernance
- Mise en place comex hebdomadaire (CEO + 3 directeurs)
- Définition de 3 priorités trimestrielles
- Clarification RACI
- Préparation boards (documentation, KPIs)
Mois 3-5 : Process et pilotage
- Mise en place KPIs opérationnels
- Structuration reporting mensuel (P&L, tréso, KPIs)
- Optimisation supply chain (goulots identifiés et résolus)
Mois 6 : Passation
- Formation du Directeur Ops interne (promotion)
- Documentation complète
Résultat après 6 mois :
-
- Décisions accélérées x3 : de 3 mois à 3 semaines
- Relation board transformée : "Enfin on comprend où on va"
- EBITDA +18% sur 12 mois grâce à la focalisation
- Promotion interne réussie (Directeur Ops devient COO)
Coût : CHF 60'000 (6 mois x CHF 10'000/mois)
ROI : EBITDA +18% = ~CHF 400K supplémentaires
5. FAQ : Structurer son organisation en phase de croissance
"À partir de combien de personnes faut-il structurer ?"
Règle générale :
- 10-15 personnes : Début de structuration (RACI, rituels de base)
- 20-30 personnes : Structuration critique (process, gouvernance, KPIs)
- 50+ personnes : Organisation formelle (hiérarchie, middle management, process complets)
Signal d'alerte :
Si vous avez 20+ personnes et que les gens ne savent pas "qui décide quoi", vous êtes en retard.
Source : Selon l'Université de St-Gallen (étude 2024 sur 200 scale-ups suisses), les entreprises qui structurent dès 15 personnes ont un turnover 2x inférieur (12% vs 24%) à celles qui attendent d'avoir 30+ personnes.
"Structurer = bureaucratie ?"
Non.
Structurer intelligemment ≠ bureaucratiser.
Bureaucratie :
- Process inutiles
- Lourdeur administrative
- Ralentissement
- Frustration
Structuration intelligente :
- Clarté
- Efficacité
- Accélération
- Sérénité
Principe 80/20 :
Structurez les 20% d'activités qui génèrent 80% de la valeur (ou 80% des problèmes).
Exemple :
- ✅ Structurez : recrutement, onboarding, pilotage, décisions stratégiques, sales, support
- ❌ Ne structurez pas (encore) : choix du fournisseur de café, validation des notes de frais < CHF 100
"Puis-je structurer tout seul (sans aide externe) ?"
Oui, si :
- Vous avez la bande passante (rare quand on scale)
- Vous avez l'expertise (structuration, gouvernance, change management)
- Vous avez le recul (difficile quand on est dans l'action)
Sinon, un renfort externe :
- Accélère x3 (vs faire tout seul)
- Évite les faux départs (vous ne testez pas 3 organisations différentes)
- Apporte l'expertise que vous n'avez pas
- Libère votre bande passante pour la stratégie
Comparaison :
- Sur la durée, un CEO qui fait tout seul met souvent 9 à 18 mois pour arriver à une structuration correcte, alors qu’avec un renfort exécutif expérimenté, on parle plutôt de 3 à 6 mois.
- Sur le risque d’erreur, travailler seul implique un risque élevé de faux départs (tester plusieurs organisations avant de trouver la bonne), alors qu’un profil aguerri réduit fortement ce risque en s’appuyant sur ses expériences passées.
- Sur le temps du CEO, un chantier mené seul peut consommer environ 50 % de son temps, contre 10 % seulement lorsque la structuration est portée par un COO/CFO fractionnel.
- Sur le coût, structurer seul ne coûte rien en cash mais représente un coût d’opportunité élevé (projets et deals non traités). Un renfort externe représente un investissement direct (par ex. 50 à 100 kCHF), mais avec un ROI typique de 3 à 5x grâce aux gains de productivité et à la réduction du turnover.
ROI typique du renfort externe : 3-5x l'investissement (gain productivité + économie turnover + deals fermés plus vite)
"Combien de temps prend une structuration ?"
Timeline typique : 3-6 mois
Mois 1 : Diagnostic + quick wins
- Organigramme clair
- Rituels de base (comex hebdo, all-hands mensuel)
- 3 priorités trimestrielles
- RACI sur projets clés
Mois 2-4 : Structuration
- Process critiques (recrutement, onboarding, sales, support)
- KPIs et dashboard
- Documentation (wiki interne)
Mois 5-6 : Autonomisation
- Formation équipe
- Recrutements clés (si besoin)
- Passation
Premiers résultats visibles : 4-6 semaines
Stabilisation complète : 6-9 mois
"Quels sont les coûts d'une mauvaise structuration (ou absence de structuration) ?"
Coûts directs :
- Le turnover excessif (par exemple 25 % au lieu des ~11 % habituels en PME) représente souvent 150 à 300 kCHF par an, en cumulant coûts de recrutement, onboarding et perte de productivité.
- La perte de productivité (projets qui n’avancent pas, décisions retardées, énergie diluée) peut facilement peser 100 à 200 kCHF sur l’année.
- Les mauvais recrutements coûtent chacun 80 à 150 kCHF, si l’on intègre salaire, intégration, désorganisation et nouvelle recherche.
- Les opportunités commerciales perdues (deals non signés faute de focus ou de capacité d’exécution) se chiffrent souvent entre 200 et 500 kCHF par an.
Coûts indirects :
- Démotivation équipe
- Perte de crédibilité auprès du board/investisseurs
- Stress et burnout du CEO
- Ralentissement de la croissance
Total estimé pour une scale-up de 30-40 personnes : CHF 400-800K/an
Source : Estimation basée sur les données de l'Office fédéral de la statistique (coût turnover) et études de cas C-Exec.
"Comment convaincre mon équipe de structurer ?"
Bonne nouvelle : vous n'avez pas besoin de "convaincre".
Les équipes VEULENT que l'organisation se structure. Elles sont souvent les premières frustrées par :
- Les priorités floues
- Les décisions qui traînent
- Le manque de clarté sur "qui fait quoi"
- Les recrutements bâclés
Ce qui fonctionne :
- Montrez, ne parlez pas
- Instaurez le comex hebdo pendant 4 semaines
- Définissez les 3 priorités claires
- Clarifiez le RACI sur les projets en cours
- Impliquez l'équipe
- Demandez-leur ce qui les bloque
- Co-construisez le RACI avec eux
- Sollicitez leur feedback sur les process
- Célébrez les quick wins
- Premier projet terminé grâce au nouveau process ? Célébrez
- Décision prise en 2 jours au lieu de 2 semaines ? Communiquez
Résultat :
En 2-3 semaines, si l'équipe voit que "ça marche", elle adhère naturellement. Pas besoin de discours.
"Que faire si je n'ai pas le budget pour un renfort externe ?"
Options :
Option 1 : Commencez petit
- Installez les rituels de base (comex hebdo, all-hands)
- Définissez les 3 priorités trimestrielles
- Clarifiez le RACI sur les 5 projets clés
- Coût : CHF 0 (juste du temps)
Option 2 : Diagnostic flash
- Faites appel à un advisor pour un diagnostic de 3-5 jours
- Il identifie les priorités et vous donne une roadmap
- Vous exécutez ensuite en interne
- Coût : CHF 5-10K
Option 3 : Renfort fractionnel léger
- 1 jour/semaine pendant 3 mois au lieu de 3j/semaine
- Focus sur les quick wins et la formation de votre équipe
- Coût : CHF 15-25K
Option 4 : Promotion interne
- Identifiez quelqu'un dans votre équipe qui pourrait devenir COO/Head of Ops
- Formez-le (via coaching externe si besoin)
- Coût : Augmentation salariale + coaching (CHF 20-40K)
6. Conclusion : La croissance sans organisation est une bombe à retardement
Résumons ce que vous avez appris :
La croissance du CA n'est pas un indicateur de santé organisationnelle.
En fait, une croissance trop rapide sans structuration peut détruire votre entreprise :
- Turnover élevé (25% vs 11% normal)
- Décisions lentes (3 mois au lieu de 3 semaines)
- CEO épuisé (70% de son temps en pompier)
- Marge qui s'effondre malgré la croissance du CA
- Perte de contrôle
Les 5 signaux d'alerte :
- Fondateur = goulot d'étranglement
- Décisions non documentées
- Recrutements en mode pompier
- Processus inexistants
- Priorités qui changent chaque semaine
Les 3 piliers de la structuration :
- Clarifier les responsabilités (RACI)
- Installer une gouvernance (comex hebdo, 3 priorités max)
- Stabiliser les processus (80/20, juste nécessaire)
Le rôle du renfort exécutif :
- Définit l'organisation-cible
- Installe le pilotage de performance
- Libère le CEO pour la stratégie
- Accélère x3 vs faire seul
Données clés à retenir :
- 68% des scale-ups suisses connaissent des problèmes d'organisation dans les 18 mois post-levée (Swiss VC Report 2024)
- Turnover scale-ups : 22% vs 11% PME établies (digitalswitzerland 2023)
- Coût d'une mauvaise structuration : CHF 400-800K/an pour une équipe de 30-40 personnes
- ROI d'un renfort externe : 3-5x l'investissement
Besoin d'aide pour structurer votre organisation ?
Diagnostic flash organisation + gouvernance (3 semaines) :
Semaine 1 : Diagnostic complet
- Analyse de votre organisation actuelle (organigramme, process, gouvernance)
- Identification des 5 blocages principaux
- Benchmark vs meilleures pratiques
Semaine 2 : Organisation-cible
- Définition de l'organisation-cible (à 6-12 mois)
- Roadmap de structuration (par priorité)
- Quick wins identifiés (résultats immédiats)
Semaine 3 : Plan d'action
- Plan d'action détaillé (qui fait quoi, d'ici quand)
- Templates et outils (RACI, comex, OKRs)
- Restitution au CEO + comex
Livrables :
- Rapport de diagnostic (15-20 pages)
- Organisation-cible (organigramme + RACI)
- Roadmap de structuration (6-12 mois)
- Templates prêts à l'emploi
- Session de restitution (2h)
Accompagnement complet (3-12 mois) :
- COO/CFO fractionnel : 1-3 jours/semaine
- Structuration complète : gouvernance, process, KPIs, recrutements
- Pilotage opérationnel : comex, reporting, déblocage
- Formation de votre équipe : autonomisation progressive
- Passation : recrutement permanent ou promotion interne
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Sources citées dans cet article :
- Swiss Venture Capital Report 2024 (Startups.ch & SECA)
- digitalswitzerland - Étude turnover scale-ups 2023
- Office fédéral de la statistique (OFS) - Données turnover et coût recrutement 2023
- HES-SO - Étude documentation des décisions, scale-ups romandes 2023
- Université de St-Gallen - Étude clarté des responsabilités, scale-ups suisses allemandes 2024
- SwissCham - Enquête 150 CEOs suisses sur la priorisation 2023
- IMD Business School (Lausanne) - Étude impact comex structuré sur OKRs 2023
- ZHAW School of Management - Étude outils SaaS et productivité 2023
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